DIGRESSION #1:
MARRAKECH—RABAT—MARRAKECH

Il y a des criquets ici. Et des mouches. De toutes les façons il y des criquets et des mouches partout. Les criquets, c’est vrai, sont un peu rares, en particulier dans les gares. On dirait plutôt un grillon. Je connais les grillons. Je les préfère aux criquets. L’entomophobe en moi pense qu’ils sont gentils. C’est qu’en général ils travaillent la nuit, c’est à dire qu’ils la forment. Les grillons forment la nuit. Dans mes souvenirs d’enfant c’est comme ça: pas ne nuit sans grillons et vice versa. Il est cinq heures et quart; celui-ci doit être en fin de service ou parti en vadrouille. Je n’ai pas souvenance d’avoir entendu un grillon chanter la nuit ici. C’est long, dix ans sans entendre de grillon, dix ans sans nuit. Mon enfance est loin.

La dame a mis du lait dans mon cocktail d’avocat. Je m’attendais pourtant à de l’avocat simple, sans lait, avec des fruits secs. J’ai envie de lui demander quel lait elle utilise. Mais la question ne voudrait rien dire. Elle ne mettrait pas du lait de dinosaure non plus. Je ne suis pas sûr que les dinosaures allaitaient leurs progénitures. Certains dinosaures peut-être. Les dinosaures à poils. Est-ce qu’il y a un lien entre le pelage et le lait? Les humaines ont pourtant des poils mais n’ont pas de pelage, donc la réponse c’est «non». Je formule mal la question. Je ne veux pas faire l’effort de mieux la formuler. Divaguer me suffit. Et je n’essaierai pas d’aller en savoir.

Je n’aborderai pas la question du lait dans ma boisson avec la dame. En plus, je ne serai pas certain de ma syntaxe en arabe, ce qui risque d’occasionner une confusion, alors que je suis censé savoir que le lait de vache c’est ce qu’il y a de plus courant. Au fond, ma vraie question ne concernerait pas le mammifère à la source du lait dans ma boisson, mais son traitement, ce que la marque en aurait fait. Ça aussi, je m’en fous. La confiance est à la base de l’économie. Remarque, à notre ère je ne sais plus. On se complait à ne pas savoir. On se complait des malfaisances discrètes, celles dont on sait suffisamment qu’elles sont cachées quelque part pour les y laisser.
 
Je ne suis pas bien assis. Ma fesse gauche supporte tout mon poids. Il ne s’agit pas vraiment de la fesse: c’est le truc dedans, l’os dont j’oublie le nom. L’os dont je n’ai jamais connu le nom. J’ai dû le voir dans un livre, un jour sans savoir que certains jours, comme aujourd’hui, il supporterait mon poids et créerait une petite douleur. On ignore beaucoup les os. Pourtant sans les os nous serions des mollusques à lait sans coquille; ce que la plupart des mollusques ne sont pas.

Il y a aussi le rebord d’une table que je me prends dans le dos. Me prendre, c'est trop dire. C’est mal dire; c’est médire. Il y a un léger appui, ou plutôt, une pression, une caresse constante. Je préfère qu'elle ne soit pas là. Pas «là» au sens de «ici», mais là, dans mon dos, maintenant. La dame devrait la déplacer. Pas pour moi, je ne me plaindrai pas; mais pour les autres, ceux qui, comme moi, se feraient caresser constamment par une table dans la partie gauche du dos ~ La partie droite.

Où vont les gens si tôt?

Encore une mouche. Merde, sur le rebord de ma paille! Elle suce. Houlà, elle descends dans le cocktail! Oust la mouche! Ça n’as pas l’air de la gêner de boire de la même paille que moi. Les mouches n’ont pas scrupule à faire ce genre de chose. De toutes les façons j'utilisais la cuillère longue. Des bouts de fruits secs bouchaient la paille. Les bouts de fruits secs bouchent souvent la paille. Et donc je souffle au lieu d’aspirer. Ça fait des bulles ~ En fait non, ça fait une grande bulle: ça fait «Blop!». Les gens n’aiment pas ça. Je fais ça juste pour déboucher la paille et recommencer l’aspiration. C’est les blenders qu’il faut mettre en cause. Ils n’ont pas la découpe fine. D’ailleurs on leur ment sur leur fonction: ils postulent pour «mélangeur» et sur le terrain ~ sur la table, on leur donne des fruits secs à découper.

Un cocktail d’avocat servi avec une cuillère longue et une paille dans une coupe. La dame pourrait appeler ce service «Cocktail antenne», ou «Lanter», en Darija. «Cocktail Lanter». Mais c’est con, parce qu’ils ne nomment pas les services mais les trucs servis. Enfin, je ne sais pas.

Je me demande pourquoi il mettent des téléviseurs dans les bouibouis, les restos et les cafés. Je ne sais pas qualifier ma relation actuelle avec la voix en arabe qui provient de la télé derrière moi. De la tolérance je crois. On dirait un docu à en juger par le reflet dans la vitre d’en face.
 
Merde, faudra que je réponde à Kimberly. J’ai à peine commencé le texte que j’aurais dû rendre il a une semaine. Calamité!

5 heures 39. Le comble serait que je rate le deuxième train de la matinée.


***


Ce chargeur ne marche pas. 41% depuis tout à l’heure.        

Ils sont dégueulasses ces sièges. Parfois les choses deviennent indécrassables malgré l’effort de nettoyage. C’est qu’elles deviennent des sédiments. La sédimentation c’est le devenir de la crasse ~ Le devenir-sédiment de la crasse. Il y a là quelque chose de commun avec les humains, mais je ne sais pas le formuler. Tout a quelque chose de commun avec les humains, mais ils le nient ~ à toujours vouloir se distinguer, alors que le destin connu de tous ~ de tout ~ c’est le sédimentation. Et bien d’autres choses encore.

Le hasard fait les choses. Il ne faut pas dire «le hasard fait bien les choses» mais «le hasard fait» tout court «les choses». En fait le hasard n’existe pas. C’est le nom que les humains donnent aux causes non traçables. Le hasard c’est de la poésie.

Donc, le hasard fait les choses. Et dans ce train presque vide, une dame de l’âge de ma mère veut maintenant s’asseoir à mes côtés. Ou bien elle veut que je sois assis à ses côtés. Ou bien les deux. Je ne suis pas sûr que ce soit toujours simultané. Elle me dit «Walidi», puis quelque chose, puis «Taltach». J’en déduis qu’elle veut occuper le siège numéro 13, celui que, selon elle, j’occuperais en ce moment. Je suis pourtant certain d’occuper le numéro 11. En fait c’est faux, je n’en suis pas certain. Je trouve que ce n’est pas clair, que cette manière de numérotation des places est peu précise et que dans le doute, on s’en réfère à un critère plus efficace: fenêtre ou couloir. Sa vraie demande, c’est «peux-tu occuper la place du couloir mon fils et laisser une vieille dame de l’âge de ta mère profiter du hublot?» Le langage parlé ne nous rend pas service. Il noie le sens dans une longue liste de choses que je ne ferai pas pour l’instant.

Donc la dame sourit, à quoi je me rassemble, interromps mon on écriture, prends mon sac, mon ordi, fais un pas dans le couloir, et la laisse accéder au siège intérieur. Mon écriture devient timide. Je ne pense pas qu’elle essaiera de lire mon écran. Elle s’en fout. Ce qui l’importe c’est que je surveille si peu mes affaires. En fait elle me raconte l’histoire d’une personne qui a perdu son sac dans le train, un jour, pendant un moment d’inattention.

Pourquoi le train est immobile?

Donc une personne inattentive et un voleur agile ont échangé un sac un jour. C’était vers Settat. Je réponds à la dame que ce n’est pas un problème. Elle me montre comment le tenir, de l’accrocher comme-ça en me demandant de faire bien attention. Elle est bienveillante. Elle ne lira pas mon écran, c’est sûr. D’ailleurs elle dort déjà. Les trains de 5 heures ne sont pas cléments. Ils vous dérobent de votre sommeil sans crier gare. J’arrête d’écrire. Ça me gonfle.

Clap!


***


Ces pays vous vendent du rêve même avant que vous ne soyez partis, alors même qu’ils conditionnent votre départ. Ce lieu dit Venez au Royaume Uni, mais pas comme vous êtes, comme vous deviendriez d’après nos conditions. D’ailleurs, regardez comme ces gens s’habillent, voyez ce paysage, imprimez-le bien, regardez, c’est Big Ben!

Les salles d’attente ont toutes cette même atmosphère d’hôpital. Ce qui les rend inhospitalières.

Les gens derrière les vitrines des caisses n’ont pas de corps. D’ailleurs, de leur point de vue, vous êtes plus grand·e·s et êtes dépourvu·e·s de membres inférieurs. La relation de service par vitrine interposée est une relation de mutilé·e à mutilé·e. Une personne sans jambe, ni front vous donne une injonction sur la base d’une prédisposition que vous et elle avez en partage. Punaise, ça explique beaucoup de choses.

C’est mon tour. Il n’a pas osé prononcé mon nom. Il l’aurait écorché. Il est intelligent. Ou bien il à honte de ce que mon nom fera à sa bouche ou à ma personne. Il est là pour se faire travailler pas pour s’entrainer à la prononciation des noms étrangers.

Pourquoi il me parle anglais? Pourquoi il brandit la calculatrice pour me faire connaitre la somme à payer, au lieu de me la dire. Je trouve cela grossier.
 
10 heures. C’était rapide. C’est pas bon signe.



***


J’ai envie de péter. Je suis arrivé le premier dans ce café. J’aurais pu péter à ce moment-là. Maintenant que cette espagnole s’est pointée je ne sais pas comment tournera le vent. Une espagnole qui semble, à en croire la largesse du sourire du serveur, habituée du lieu, et qui vient prendre son petit déjeuner au Carrion du Musée, avec apparamment des devoirs à rendre ~ des tâches comme ils disent dans le  monde productiviste des adultes. De grâce, que l’on commence à dire aux enfants que dans le monde dit «du travail», ils continueront de faire des devoirs, précisément parce les raisons profondes de ces devoirs leur seront éternellement cachées. Que l’on dise aux enfants que la chose qui lie le travail et la survie est arbitraire. Que l’on dise aux enfants que travailler c’est inévitablement se consumer, et qu’il est dans la nature du travail de consumer le travailleur et la travailleuse. C’est eux qui se font travailler, comme les gens derrière les vitrines. Le piège se situe dans l’intransitivité du verbe. L’intransitivité c’est où le sujet et l’objet se confondent malicieusement.

Oui, que l’on apprenne aux enfants que le feu est la forme ultime du travail.

Cette espagnole se consume donc à l’autre bout de salle et je ne peux pas péter parce que je ne fais pas confiance à la climatisation.

Ma vraie peur est qu’elle soit soumise à l’odeur déagréable de mon pet, et qu’elle soit ainsi introduite à ma personne. La connaissance des gens n’a pas d’autre porte d’entrée que celle des sens. Je crains que par sa vision elle voie ce grand noir maigre à lunettes — et Dieu sait ce qu’elle voit d’autre par les temps qui courent — et que par son odorat elle sente le pet. On connait la suite: elle relatera à qui elle voudra que pendant qu’elle se faisait travailler au Carrion du Musée ce matin, un événement marquant s’est produit: un grand noir à péter. «Un negro se tiró un pedo cuando trabajaba en el Carrion du Musée esta mañana» dira-t-elle, ou quelque chose dans le genre.

Je retiendrai mon pet. L’image internationale du grand-noir-maigre-à-lunettes en dépend.

Les gens de Rabat n’ont visiblement aucune idée du climat qu’il fait à Marrakech. Une idée ne suffirait pas. La température fait partie de ces phénomènes qu’une simple idée ne suffit pas à prendre avec soi. Le ressenti seul en constitue la vérité. Je trouve cette phrase mal conduite. J’y reviendrai peut-être.

À ceux qui lisent ce texte: sachez que cette sensation m’est très drôle, car jamais vous ne saurez lesquelles des phrases ont été réécrites. Si la phrase que vous êtes en train de lire se laisse lire, c’est qu’effectivement, je ne l’aurai pas réécrite. C’est un paradoxe. Le futur antérieur en lui-même est un paradoxe. Et pour répondre à la petite voix dans ma tête: il n’y a pas de paradoxe utile. Ah, et oui, j’écris pour être lu, autrement je maintiendrais ces mots dans la petite prison de mon esprit.

Ce que je m’efforce à dire deux paragraphes plus haut, c’est que je suis dans un café à Rabat, et que je suis plus que surpris par la clim éhontée qui pompe à en attrister la brise du matin.

Qui fait la décoration de ces lieux? Et pourquoi il mettent ce genre de musique?

Je suis obligé d’interrompre mon écriture ici. Je pense à cette librairie, la libraire du Troisième millénaire que j’avais l’habitude de fréquenter ma paie de travailleur ~ de travaillé! ~ venue, pour me consoler de m’être épuisé un peu plus ~ de m’être consumé.

Ah, un autre noir entre. Quel impoli! Je le laisse avec l’espagnole. J’espère qu’il a l’esprit collectif et qu’il ne pètera pas.



***



Je suis dans un train qui se déplace à vive allure en direction de Marrakech. J’ai la nausée.

Je n’arrive pas à croire que l’on puisse faire 1600 kilomètres de rail pour accomplir une «tâche» d’une demi-heure qui nécessite un traitement aussi décisif qu’incertain. «Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même». Les gens «bien organisés» s’y seraient pris différemment. Ils auraient tiré le meilleur parti de ce voyage, le transformant en parcours de plaisance, en visitant ceci, et mangeant cela, et cætera. J’ai été plus efficace encore: j’ai appelé tout le monde le jour pour le jour, puis, quand on m’a rappelé j’ai dit que j’étais reparti. Il faut être fidèle à soi. Entretenir sa mauvaise réputation. Être cohérent.

Je n’aime plus Rabat. Celle ville m’a vomi. Il est que vrai que je suis indigeste. A-t-on seulement entendu parler du vomi qui fût heureux de se faire aspirer de nouveau sous les applaudissements de la foule? Non.

Ma nausée n’en est que décuplée.

Si je n’obtiens pas de visa d’entrée au Royaume Uni pour le séjour de sept nuits que je demande à leurs autorités consulaires aidées par leurs bras d’exploitants — TLSContact —, ils auront systématiquement sauvegardé mon apparence à 32 ans; mes empreintes digitales; la faute d’orthographe que mon second prénom traine depuis 4 ans maintenant; ma nationalité; ma race, fils de ma mère et de son défunt Mari.

Il connaitront aussi ma profession en août 2019, celle que marque un beau-petit-projet que j’ai monté avec mon amoureuse pour survivre à la pression muette de notre frêle existence.

Votre profession c’est, au fond, la déclaration publique de la foi en votre intention de faire, ainsi qu’en la vision (même primaire) qui l’impulse. C’est… comment dire? C’est la manifestation de votre vœu de carrière. Votre profession, quand vous l’avez choisie et que vous n’y êtes pas astreints, se chante en publique mais se compose au cours une conversation intime, chuchotante et en basse lumière, entre le destin, l’action et votre inconscient.

Ma consternation m’éloigne.

Pourquoi fixe-t-elle mon écran, celle-là? Suite à l’addiction des gens pour les écrans, ils s’intéressent à tout ce qui le leur rappelle. On voit bien que son attention, traitresse de l’échange qu’elle conduisait pourtant bien avec le jeune homme, recherche maintenant une nouvelle satisfaction ici. Il n’y a rien! J’ai envie de tourner subitement la tête pour surprendre sa tricherie. Il faudra que je nettoie mon écran et mon clavier. Elle va croire qu’ils me réflètent. Qu’importe. Elle est au moins à 60 degrés à gauche dans mon champ visuel. Mes lunettes se désengagent à garantir ma vision dans cette zone. Il est donc possible que le comportement de la fille soit une pure invention de ma part.

Dans mon adolescence, j’étais flegmatique mais paranoïaque. Je pensais que les gens m’observaient en permanence. Bien sûr, je ne le formulais pas en ces termes, non. Je l’embaumais au contraire dans les fioritures de l’âge poétique, cet âge qui vous fait mener une guerre sans fin aux acnés persistantes; l’âge du miroir parlant que l’on torture d’interrogatoires muets, violents, romantiques. Aujourd’hui j’ai appris, jeune narcisse déchu, que je souffrais — c’est peu dire — d’un délire de persécution. Que ce que je tenais pour parfum c’était bien les miasmes de ma prétention de coquelet. Je n’attends plus rien du miroir, je méprise les reflets. La beauté que j’attendais n’est pas venue. L’attention, hasardeuse ou non, que l’on pourrait me porter m’exaspère.

L’inconnue qui s’attarde sur mon écran réveille donc un de mes démons. Elle me mets hors de moi d’une façon inhabituelle. Elle brise le fil de mes idées, parce qu’elle me propulse dans le souvenir d’une colère d’un autre temps. En occasionnant la rupture d’avec le vertige du voyage, elle parvient, sans en avoir la moindre idée, à me mettre face à moi-même. C’est en cela qu’elle me met hors de moi. C’est très bien. Les humain·e·s sont parfait·e·s quand on ne leur a rien demandé.

Bon, qu’est ce que je disais?

En plus elle semble éprise pour le garçon qu’elle accompagne. Elle l’accompagne, ce n’est pas l’inverse: les deux se partagent son effort à elle. Lui ne démontre pas la même certitude qu’elle. Elle le sait. Les filles savent toujours; elles nient en permanence parce que leur foi est grande ~ grandiose; elles attendent donc un peu plus loin dans le future. Les garçons, ces garces, ont toujours un temps de retard, trop occupés à être vulgaires; ils comptent sur l’Histoire en laquelle ils espèrent encore trouver l’inspiration. Les garçons s’accrochent encore à la masculinité, incapables de voir qu’elle s’épuise, qu’elle a soif d’autre chose que la masculinité. Les garçons, ces garces, vont finir par étouffer la masculinité. C’est presque pathétique.

Il suffit, pour le comprendre, d’observer le garçon et la fille ~ la fille et le garçon ~ assis à mes côtés. Lorsque les deux sont arrivés dans le train, par exemple, elle le devançait, lui trainait du pas. Elle parle plus longtemps. Elle parle de couple, d’autres couples, du couple idéal. Lui, parle peu, mais engueule quelqu’un à l’autre bout du fil. Aux inconnu·e·s, il parle plus fort qu’il ne lui parle à elle. Quand il parle au téléphone, elle change de siège pour l’accoster, comme la pirogue accoste le banc de sable d’une d’île à conquérir un midi d’été. C’est peut-être ce qu’elle aime en lui ~ qui sait? ~ cette déviation ~ ce… revers de violence qu’il assume d’orienter vers les autre plutôt que vers elle. C’est peut-être ce qu’elle veut soigner en lui. Je me ferai prendre à les observer avec insistante pour savoir si elle l’approche par contention ou par admiration. J’arrête.

Où en étais-je?

Ces anglais connaitront aussi le T-shirt que j’ai acheté il y a une semaine et dont je me félicite du confort sans cesse. Ils connaitront bien d’autres choses qui échappent à mon attention naïve. Je dis cela, mais pour être précis, ces «données» sont sauvegardées, que j’obtienne un visa ou non.

Les frontières commencent plus proche de nous que nous le croyons. Ne nous laissons pas duper par la diversion des frontières physiques. Celles-ci ne sont qu’un dernier recours, après le crible des frontières vaporeuses telles que les services consulaires, la culture et sa salade. Je parle de la culture, pas de la culture. Je parle de la culture comme gène pas de la culture comme théâtre. Je parle la culture, l’informe, celle qui, tandis que vous auriez pu être un arbre, enfouit votre vérité sous des couches de sédiments indétartrables pour que la seconde s’en vienne raconter, expliquer, comprendre, délirer. Eh bien, il n’y a pas de culture qui ne soit toujours un crise des frontières. La guerre contre les frontières est une guerre contre ce que la culture comporte de clôture.

Pourquoi tout le monde se lève maintenant? Ah, c’est le terminus. La fille a encore pris les devants. Pauvre garçon. Et pourquoi portaient-ils des lunettes de soleil pendant tout le temps du voyage?

Marrakech, Août 2019.